SOUNDTRAX


Attachez vos ceintures, laissez-vous aller et montez le son. Un peu plus de dix ans après avoir monté son big-band flamboyant, voici que Fred Pallem revient nous offrir un quatrième voyage aux croisées du jazz, du rock, de la pop et des musiques de films hantées de belles cylindrées.
Après un premier album éponyme, fanfare honorant les influences d’Ives et Mingus, un « Retour », vrombissante coursepoursuite toute de cuivre sertie puis une « Grande ouverture », album anniversaire avec des hôtes tels que Sébastien Tellier et Piers Faccini, c’est aujourd’hui à la tête d’une formation de dix musiciens – une épure qu’il souhaitait pour aérer sa narration – que Pallem évoque le cinéma de genre qui le passionne depuis l’enfance.
Cet album a été pensé comme une B.O. sans le film, avec la volonté de convoquer des images. C’est un album pour tripper, se faire son propre scénario.

De thrillers italiens aux séries Z d’après-guerre en passant par la gaudriole érotico-franchouillarde des nanars français des années 70, Pallem invoque ici le cinéma qui l’a nourri: « Le cinéma est ma première passion. Enfant, je découpais les encadrés sur les films dans les journaux télé et les collais dans des cahiers. Mes films d’enfance sont « Mon nom est personne », « Jason et les argonautes », « Les 7 mercenaires » et « La folie des grandeurs » ! Puis j’ai vu tous les James Bond, les Bébèl, les Pierre Richard. Mon père avait les cassettes des B.O. de François de Roubaix, que j’adorais. « Le vieux fusil » m’a fait un choc. Encore aujourd’hui cette musique me trouble profondément ».

Une vendetta ritale aux relents de poudre (Il Colore dei soldi), un ragtime comico-lubrique (Le Bal des soubrettes), en passant de l’érotisme soft d’une Emmanuelle Hamiltonienne (The Naked Bath), aux vixens de Russ Meyer qui auraient flirté avec celles de la Blackploitation (Plurabella strikes again),
Pallem impressionne par les compositions et l’orchestration. Des titres à la fois audacieux, singuliers sans jamais être hermétiques, sexys sans vulgarité, drôles sans grand-guignol, menaçants sans lourdeur, mélancoliques sans tristesse, enflammés sans pompe, délicats sans mièvrerie, d’une élégance folle.
Jamais là où on l’attend, il étonne et ravit avec une ballade maritime où pointe le ressac du souvenir à travers la brise d’une belle traversière et l’appel du large apporté par des synthés qu’il a voulu plus nombreux que sur ses précédents opus (L’Océan), des camaraderies élégantes et canailles à la Amicalement Votre (Los Impostores), une indolente flûterie à la belle étoile (Summer 74). Sans oublier les monstres assoiffés de sexe de série Z, avec le « Virus from outer space » saturé de Moog et Rhodes.

Le principe de plaisir éclate partout, sous une structure ciselée au bistouri, avec une grande générosité. Des flûtes poursuivies par des hordes de guitares, des cordes gonflées comme des voiles, des complaintes de cuivres irritées et cinglantes. De la haute-voltige et l’oeuvre d’un cosaque. De sérénades en cavalcades, « Soundtrax » est un aller-simple qui vous emmène là ou vous ne pensiez plus aller, de vertigineuses voltes-faces en échappées belles d’un grand écran rêvé. Pallem nous fait relire, à sa sauce, l’histoire de la musique et du cinéma, avec légèreté, intelligence et plaisir.